Si l’apparition et la disparition d’espèces ont pu constituer des processus naturels, le rythme de leur extinction actuel est 10 à 100 fois supérieur au taux naturel (source IPBES, 2019). Cette évolution est largement attribuable aux activités humaines, entrainant un net déclin du vivant. Au niveau mondial, 5 causes de perte de biodiversité ont été identifiées, elles font directement écho aux mêmes préoccupations et défis environnementaux en Bourgogne-Franche-Comté.
5 causes
- Les changements d’usage des terres avec une homogénéisation des paysages due à une agriculture intensive et une artificialisation des terres liée à une urbanisation grandissante ;
- La surexploitation des ressources naturelles comme les forêts, avec des plantations monospécifiques et des coupes trop rapprochées ;
- Le changement climatique avec pour conséquence des sécheresses répétées et des modifications d’habitats entraînant des déplacements d’espèces ;
- La pollution des eaux et des sols par les pesticides, les engrais, les rejets domestiques ou industriels ;
- L’introduction d’espèces exotiques envahissantes pour leurs intérêts économiques ou arrivées de façon accidentelle par l’augmentation des échanges de marchandises.
Une biodiversité menacée, et en Bourgogne-Franche-Comté ?
1. Le changement d’usage des terres : la destruction d’espaces naturels en espaces artificialisés
Le “changement d’usage des terres”, souvent désigné comme la destruction ou l’artificialisation des habitats.
Ce changement d’usage des terres se traduit par la perte d’espaces agricoles, naturels ou forestiers. Il est aussi fortement lié à l’expansion urbaine. Le changement d’usage des sols conduit à la destruction, la dégradation et la fragmentation des habitats (mise en culture de prairies, pertes de connectivité entre les milieux, perturbation du cycle de l’eau et même abrasion des fonds marins dans d’autres régions).
Ce phénomène impacte les espèces avec le dérangement, et la dégradation des sols et de leurs fonctions. Les sols, ou le milieu, ne peuvent plus jouer leurs rôles naturels (héberger des espèces, capter du CO2, etc.).
Dans notre région comme ailleurs en France, le taux de changement d’occupation des sols est bien supérieur au taux de croissance de la population avec une augmentation très marquée des grandes aires urbaines.
Lire l’article de la DREAL BFC
ARTIFICIALISATION DES SOLS [1]
12 741
hectares consommés en BFC entre 2011 et 2023
[1] Portail de l’artificialisation des sols – Cerema – Fichiers fonciers 2011- 2023, données au 1er janvier 2023
FRAGMENTATION DES HABITATS [2]
+8%
de routes en BFC entre 2007 et 2022
[2] Cellule Économique Régionale de la Construction (CERC BFC), 2024
DESTRUCTION DES HAIES [3]
-22%
de Surface Toujours en Herbe (STH) avant les années 2000, en BFC
[3] IFEN 1996 – RGA Enquête structure (SCEES)
DESTRUCTION DES ZONES HUMIDES [4]
26,7%
des milieux humides de BFC sont en mauvais états en 2022
[4] Observatoire Régional de la Biodiversité BFC : Indicateur Milieux Humides
Désimperméabiliser des espaces
artificiels parking, jardin,
terrasses, cours d’écoles …
Organiser des chantiers de
restauration de cours d’eau et
zones humides ou de plantation de
haie chez un agriculteur
Gérer les sites naturels protégés
Varier les méthodes
de gestion des espaces publics
etc.
et d’autres actions possibles issues de la Stratégie Régionale de Biodiversité (SRB)
2. La surexploitation des ressources naturelles
Bois, énergies fossiles, métaux, faune, flore, eau, air, sols… les richesses que nous apporte la Terre ne sont pas illimitées. L’exploitation de ces ressources de façon trop importante compromet gravement leur renouvellement et le fonctionnement des écosystèmes.
Chaque année, l’espèce humaine consomme plus de ressources que la planète ne peut en produire sur cette même période. La date à laquelle l’ensemble de ces ressources a été consommé est tristement surnommée « Jour du dépassement ». Cette date arrive de plus en plus tôt : alors qu’il y a 20 ans cette journée tombait fin septembre. Par exemple, cela veut dire qu’au début du mois d’août, plus d’arbres ont été coupés ou de poissons pêchés que ce que la planète ne peut en produire en un an.
Préserver la biodiversité suppose donc d’adapter nos modes de gestion pour permettre aux écosystèmes de se renouveler.
SYVILCULTURE INTENSIVE [1]
-15%
population d’oiseaux forestiers de BFC entre 2002 et 2019
[1] Rapport Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC)BFC 2019 – LPO
EXPLOITATION DE MINERAIS OU DE PIERRE [2]
315
carrières en activités en BFC en 2024
[2] DREAL BFC – Le schéma régional des carrières
AGRICULTURE INTENSIVE [3]
+10%
d’achat des produits phytosanitaire en BFC entre 2020 et 2022
[3] Solagro Adonis, Achats produits phytosanitaires, 2024
ELEVAGE INTENSIF [4]
-73%
d’exploitations agricoles en BFC en 50 ans
[4] IFEN 1996 – RGA Enquête structure (SCEES)
En 1970, 93 600 exploitations agricoles étaient recensées contre seulement 25 000 en 2020. La taille moyenne des exploitations augmente (souvent +50 à 100 ha par ferme aujourd’hui). Ce phénomène induit une homogénéisation et une intensification des pratiques pour rentabiliser les surfaces.
Favoriser les
essences forestières variées et
les espaces de libre évolution,
Renforcer la connaissance sur
les auxiliaires des cultures
Encourager l’agriculture BIO
Limiter l’utilisation des intrants,
et d’autres actions possibles issues de la Stratégie Régionale de Biodiversité (SRB)
3. Le changement climatique, un facteur aggravant pour la biodiversité régionale
Actuellement, c’est la 3e cause de déclin du vivant mesurée, la plus connue du grand public avec des impacts visibles ou mais aussi ressentis au quotidien notamment lors d’évènements extrêmes (pics de chaleurs, inondations…). Mais attention aux idées reçues : climat et vivant ne fonctionnent pas séparément. La biodiversité et le climat sont intimement liés, ils forment un équilibre où le bon état de l’un influence directement la stabilité de l’autre, et vice-versa.
Les changements climatiques, induits par les activités humaines, bouleversent la planète et les écosystèmes à l’échelle globale. La région Bourgogne-Franche-Comté, n’échappe pas à ce constat, puisque les effets sont déjà mesurés impactant lourdement la biodiversité locale ainsi que notre santé et qualité de vie au quotidien.
Sur le territoire, ces changements se traduisent par des assecs prolongés sur les têtes de bassin, des décalages dans les cycles biologiques (floraison, migration, reproduction) et des déplacements d’aires de répartition des espèces vers le nord ou en altitude… Toutes les espèces n’ont pas la capacité de s’adapter à un rythme aussi rapide.
Le climat en Bourgogne-Franche-Comté se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale. Les conséquences sur les écosystèmes régionaux sont déjà bien visibles.
Lire aussi – quel climat pour demain, Alterre BFC
Indicateurs régionaux :
RISQUES [1]
77%
des communes de BFC exposées à un ou plusieurs risques climatiques en 2022
Source : ONERC
ASSÈCHEMENT DES COURS D’EAU [2]
+280%
de cours d’eau asséchés en été en BFC en 10 ans
ONB : indicateur petits cours d’eau en ASSEC
HAUSSE DES TEMPÉRATURES [3]
14
jours plus tôt pour le retour des oiseaux migrateurs en BFC entre 1995 et 2022
Export ORB Sigogne, 2025
MODIFICATION DES CYCLES DE REPRODUCTION [4]
Des dépérissements forestiers massifs sont aussi en cours (crises des scolytes sur les épicéas du Morvan, du Jura et des Vosges saônoises)
+60 %
de surfaces résineuses potentiellement scolytées sur le Massif jurassien en BFC entre 2022 et 2023
DRAAF BFC – Information technique DSF Août 2024
Les Solutions d’adaptation fondées sur la Nature (SafN) sont des démarches d’adaptation au changement climatique qui s’appuient sur la nature et ses multiples services. Cette notion découle des « Solutions fondées sur la Nature » (SfN) définies par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) comme étant l’ensemble des « actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les enjeux de société de manière efficace et adaptative tout en assurant le bien-être humain et des avantages pour la biodiversité ».
et d’autres actions possibles issues de la Stratégie Régionale de Biodiversité (SRB)
4. Les pollutions
Caractérisée par une grande diversité d’activités (grandes cultures, viticulture, élevage, industrie et urbanisation), la région Bourgogne-Franche-Comté fait face à des pressions multiples que ce soit sur la qualité de ses sols, de ses milieux aquatiques, comprenant aussi d’autres types de pollutions.
Il peut s’agit de pollutions des milieux aquatiques, de l’air, des sols par des substances néfastes (pesticides, métaux lourds, etc.), des pollutions émergentes (résidus médicamenteux, nanoparticules, ondes électromagnétiques, etc.). Mais, c’est aussi la pollution dite invisible comme les macro-déchets (notamment ceux qui se retrouvent en mer et dans les organismes marins), la pollution des milieux par les micro-plastiques, la pollution sonore (notamment par les transports terrestres et maritimes) ou encore la pollution lumineuse.
Les conséquences sont multiples : eutrophisation des étangs et des rivières, déclin des insectes pollinisateurs, changement de comportement d’une espèce, contamination des chaînes alimentaires, interruption de reproduction d’une espèce, dégradation de la qualité de l’eau potable. Les zones humides figurent parmi les milieux les plus vulnérables. La reconquête de la qualité de l’eau passe principalement par des pratiques agricoles favorables à la qualité de l’eau, l’assainissement collectif et la préservation des continuités écologiques.
POLLUTION LUMINEUSE [1]
85%
du territoire de la France est exposé à des forts niveaux de pollution lumineuse en 2022
[1] Indicateur pollution lumineuse Observatoire National de la Biodiversité
(ONB)
POLLUTION ATMOSPHERIQUE [2]
65% et 85%
en qualité de l'air « moyenne » pour les grandes villes de BFC en 2023
[2] Cellule Économique Régionale de la Construction (CERC BFC), 2024
POLLUTIONS DES EAUX [3]
1 805
communes classées en zone vulnérable à la pollution par les nitrates d’origine agricole en BFC
[3] DREAL BFC / SBEP / DEMA / PPE
Améliorer le traitement des
eaux usées etc.
Limiter les éclairages la nuit
Traitements
des déchets et des fluides
et d’autres actions possibles issues de la Stratégie Régionale de Biodiversité (SRB)
5. L’introduction d’Espèces Exotiques Envahissantes (EEE)
L’intensification des échanges commerciaux et du tourisme favorise l’apparition croissante d’espèces non indigènes. Ces espèces non indigènes se définissent par le fait que leur introduction dans la région ne relève pas d’un processus naturel, mais découle directement de l’activité humaine.
Lorsque ces espèces deviennent envahissantes, c’est parce qu’elles entrent en concurrence directe avec la faune et la flore locales, altèrent les habitats naturels, et finissent par impacter négativement la santé humaine ainsi que les activités économiques. Elles constituent une menace pour près d’un tiers des espèces terrestres menacées et sont impliquées dans la moitié des extinctions connues.
Plusieurs dizaines d’EEE sont aujourd’hui recensées dans la région. Lutter contre cette cause de déclin de biodiversité, suppose d’agir en amont, de détecter rapidement les nouvelles arrivées, et de coordonner les actions de gestion à l’échelle des bassins versants. Chacun peut y contribuer.
Exemples côté flore
- Renouée du Japon, qui colonise les berges des rivières ;
- Ambroisie à feuilles d’armoise, fortement allergène ;
- Jussies et myriophylle, qui asphyxient les plans d’eau.
Exemples côté faune
- Frelon asiatique, prédateur des abeilles domestiques ;
- Écrevisse de Louisiane, qui supplante l’écrevisse à pattes blanches ;
- Moustique tigre, vecteur potentiel de maladies.
ESPECES EXOTIQUES ENVAHISSANTES [1]
75
Espèces Exotiques Envahissantes en BFC
[1] Indicateur pollution lumineuse Observatoire National de la Biodiversité
(ONB)
EVOLUTION DE CES ESPECES [2]
65% et 85%
en qualité de l'air « moyenne » pour les grandes villes de BFC en 2023
[2] Cellule Économique Régionale de la Construction (CERC BFC), 2024
ZOOM SUR UNE ESPECE [3]
8/8
des départements de BFC ont vu arriver le Moustique Tigre
ORS BFC
Promouvoir les
pratiques et gestes respectueux
de la biodiversité
Saisir vos observations d’Espèces Exotiques Envahissantes
Se renseigner sur la provenance avant d’acheter une plante
Eviter de laisser de l’eau stagnante pour la prolifération du Moustique Tigre
et d’autres actions possibles issues de la Stratégie Régionale de Biodiversité (SRB)
Comment agir pour faire face à ces menaces ?
Lire aussi — La Stratégie Régionale pour la Biodiversité